Des RAOULT à Cherbourg et Querqueville au XVème siècle

 

1. Jean RAOULT, clerc et garde du sceau à Cherbourg.

La plus ancienne trace d'un RAOULT à Cherbourg est très laconique, mais elle démontre que la plus ancienne souche RAOULT présente en Nord-Cotentin était influente.

Il s'agit d'un extrait des Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, volume XII, où, page 400, au chapitre Magistrats de la Vicomté de Valognes et autres Fonctionnaires du Baillage et du Parlement, il est précisé :

1412-1418          Jehan Raoult, dit Pèlerin, clerc, garde du scel.

1418 est l'année où les Anglais font le siège de Cherbourg et la conquièrent le jour de la Saint Michel

2. Des délaissances et achats révèlent leur implantation à Cherbourg puis à Equeurdreville

L'inventaire sommaire des Archives Départementales antérieures à 1790, rédigé par M. DUBOSC, archiviste, Manche, Archives ecclésiastiques – série H, 1ère livraison, 1er volume, University of Chicago Libraries nous témoigne d'une bonne implantation à Cherbourg puis à Equeurdreville au XVème siècle :

Page 408 :
H.2551. (Liasse). – 1 pièce, papier ; 19 pièces, parchemin
1287-1469. – Actes de vente, de fieffe et de délaissance passés entre particuliers au sujet d’immeubles situés en la ville de Cherbourg ; – noms de famille des contractants : […] Raoult (1440) ; Raoul (1469) ; […]

Page 442 :
H. 2722. (Liasse). – 10 pièces, papier ; 15 pièces parchemin.
1510-1598. – Ventes, fieffes, accords et sentences concernant des rentes et des terres appartenant à divers habitants de la paroisse d’Esqueurdreville. Emplacements des terres : La Granville, Chaterayne, Le Galloy. Noms des familles des intéressés : […] Raoult, […]

 

3. Faisant partie de la Confrérie Notre-Dame-Montée, les RAOULT bourgeois de Cherbourg sont visiblement bien implantés.

Depuis la fin du XIIIème siècle, les prétendants à la couronne du Roi de France sont nombreux. Avec Philippe VI, grâce au subterfuge de la loi salique, c’est une branche cadette des Valois qui a ravi le trône aux légitimes prétentions des rois anglo-normands.
Quand le roi Jean II "Le Bon" (= le brave au combat) donne Cherbourg à Charles II "Le Mauvais", roi de Navarre, son cousin, rival et gendre, il en ignore les conséquences. Maltraitant et emprisonnant ce gendre, celui-ci fait appel aux Anglais pour l’aider à défendre ses terres cotentines…
Mais ces derniers en prennent le contrôle à son insu. En 1378, Charles V, roi de France, veut faire fuir les Godons, mais Dugesclin échoue à reprendre la Cité. Le Nord-Cotentin souffre du blocus imposé par le roi de France quand, finalement, ce dernier ordonne à la pauvre populace nord-cotentine de quitter maisons et biens, que les Anglais ne puissent bénéficier d’aucun soutien. C’est à cette époque que des familles nord-cotentines partent s’installer ailleurs, notamment en Bretagne.

Les Navarrais réussirent à se séparer des Anglais au moment où le nouveau roi de Navarre, Charles III "le Noble", se montra fidèle à Charles VI, roi de France. Il lui remit alors Cherbourg et environs contre le duché de Nemours, en 1404.
Mais les Anglais revinrent en juillet 1417 et assiégèrent Cherbourg qui se rendit à la St Michel de 1418.
Néanmoins, le 15 avril 1450, les Français l’emportèrent sur les Godons lors de la bataille de Formigny, la Normandie redevint française, mais pas Cherbourg. Cette ville fut assiégée par les Français, canonnée, jusqu’à ce que le roi de France envoie son conseiller, Jacques Cœur, qui obtint la capitulation le 12, et le retrait des Anglais le 14 août 1450.
Oui, mais Cherbourg était en ruine et ruinée, si bien qu’en 1464, le roi Louis XI choisira d’affranchir d’impôts les bourgeois de Cherbourg afin de les remercier de leur fidélité et afin d’attirer les investissements… Pourtant, régulièrement réattaquée par les anglo-saxons, Cherbourg ne retrouvera son lustre qu’au XVIIIème

Au sein de cette Histoire, une histoire attire notre attention et prouve l’implantation ancienne des RAULT ou RAOULT à Cherbourg.

En 1418, des habitants et bourgeois de Cherbourg étaient restés à Cherbourg malgré les menaces du roi de France. Ils subirent la domination anglaise. Lors des 4 mois de siège de 1450, ils firent le vœu de construire un monument en l’honneur de la Vierge Marie en cas de libération de l’ennemi. Ils furent entendus car les Anglais quittèrent Cherbourg à la veille de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie. Le soulagement et la joie des Cherbourgeois furent immenses.
Conformément au vœu fait avec ses confrères, Jean AUBERT, bourgeois local, mécanicien et orfèvre, conçut et réalisa une machine qui représentait l’Assomption et qui fut appelée « Paradis ». Elle fut installée en 1466 dans l’Eglise de la Trinité de Cherbourg achevée de reconstruire en 1464, en haut de la nef, face au portail ouest. Cherbourgeois, pèlerins français et étrangers pouvaient voir la Sainte Vierge monter aux cieux à la fin de sa vie, être accueillie sous les voûtes par les trois personnes divines.
On choisit alors de la faire protéger par une confrérie des douze notables bourgeois les plus influents de la ville qui devaient également organiser les festivités annuelles de l’Assomption. En effet, cet automate permettait de faire un spectacle qui fut donné chaque année au 15 août, jusqu’à ce que les révolutionnaires détruisent ce chef d’œuvre au matin du 19 janvier 1794.

Dans Histoire de la ville de Cherbourg, de Voisin-la-Hougue, continuée depuis 1728 jusqu'à 1835, par Verusmor, L'auteur principal donne une liste des premiers fondateurs, des personnes en lesquelles la communauté cherbourgeoise comptait à l'issue d'une période difficile et troublée, dont deux RAULT-RAOULT :

Les douze notables furent dès 1466 à l’origine de la Confrérie Notre-Dame-Montée, dont les fondateurs furent Jean AUBERT – premier échevin de la Confrérie – Guillaume AVOINE, Jean BEDEL, Nicolas CHILARD, Thomas DUFRESNE, Michel FONTAINE, Jean GIREULT, Geoffroy GROULT, Jean GUIFFARD, Jean GUILLEMIN, Jacques LAISNEY, Richard LEBOURGEOIS, Samson LEGOUBEY, Jean LELIEPVRE, Henri du MAREST, Robert PALLEFROY, Jean et Etienne RAULT ou RAOULT, Etienne SAINT-MARTIN, Cardin, Guillaume, Jean et Nicolas SIMON, Jean THIBERT.

Les Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, volume XXIII, pages 133 à 145, nous donnent la même liste.

Malheureusement, l’histoire ne nous a pas transmis quels métiers exerçaient Jean et Etienne RAULT ou RAOULT, nous savons seulement que Jean accéda à la fonction d'échevin de la confrérie.

Toujours est-il qu'il y avait une souche normande de bourgeois RAOULT à Cherbourg avant l'arrivée de RAOUL bretons.
Arch. municipales de Cherbourg, tabellionage disparu 1er cahier, IMG 0255 (Feuillet 15), fol.20 (du registre d'origine) :
1507 - "Jehan RAOUL, de Bretaigne, à présent bourgeois de Cherbourg, vend à Jehan de GENESTRE, la moitié d'un petit jardin à porée assis en la vallée de Cherbourg, en la rue Boudion".

 

4. Ils peuvent aussi devenir hommes de loi, veiller sur les patrimoines et échanges patrimoniaux.

En effet, outre les deux Raoult élus pour participer à la confédération Notre Dame des Montées, abordée dans une autre page, dans l'Inventaire analytique des archives de la ville de Cherbourg antérieures à 1790, vue 485, de Gustave AMIOT, il apparait qu'ils peuvent devenir tabellions :

II. 18. (Liasse) — 2 pièces, parchemin.

1468 1470. — Vente par Jehan du Fiquet, bourgeois de Cherb. étant aux droits de Jehan Le Marchand, escuier, seign. de Sotteville, à messire Guill. Le Bon, prêtre, de « unes paroys » telles comme elles se pourportent en long et en lay, assises devant l'église du d. lieu de Cherbourg » jouxte les bailleurs et Cardin Dufresne des costés, bute à la même rue [des Moulins]; prix 20 s. t. de rente. 24 mai 1468. Guiffart, tabellion. Transport par le même Dufiquet à Guill Le Bon prêtre, d'une maison qu'il tenait en fieffe de Jehan Le Marchant, prix 30 s. t. de rente. 16 octobre 1470. — Nicolas Bourdet et G. Raoul, tabell. à Cherb.
 

C'est ce que confirme Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, volume XII, où, page 504, au chapitre Tabellions et Notaires, il est précisé :

1464-1478 ..........................Guillaume Raoul

Il y aura ensuite plusieurs tabellions en Val-de-Saire.
 

5. Ils sont également élus pour exercer des responsabilités dans la ville.

  1. C'est ainsi que selon l'Inventaire analytique des archives de la ville de Cherbourg antérieures à 1790, par G. Amiot, vues 14 et 15 :

AA. 33. (Liasse) — 1 pièce, papier.

1492. — Lettres d'Arthur Reinquier, garde du scel des obligations de la vicomté de Valognes, faisant savoir que « l'entretenement du fait de la communité » des bourgeois, manants et habitants de Cherbourg, étant susceptible de nécessiter « souventes lois » des dépenses de deniers, notamment en ce qui concerne l'édification d'une maison et d'un moulin à blé, tournant à chevaux que les habitants ont l'intention de donner au trésor de l'église paroissiale et à la confrérie de l'assomption et en considération de ce que « ce seroit grand peine et travail » d'assembler les habitants chaque fois qu'il y aura lieu de faire assiette de deniers tant à ce sujet que pour d'autres causes, les dits bourgeois, ont « regardé chose licite, raisonnable et convenable de choisir sept d'entre eux « qui auront charge pour trois ans de prendre garde au fait de ladite communité et de asseoir et faire cuillir sur les dits manants et habitants telz deniers à ce nécessaires. » En conséquence de cette détermination, les dits bourgeois ont élu le 14 juillet 1492 — par devant Jehan et Guillaume dits Guiffart, tabellions et en présence de Guillaume Dufou, capitaine de la ville, de Anthoyne de Marcy, son lieutenant et de Michel Corbin, vicomte de Valognes — les sieurs Jehan Grossin, Jehan Raoul, Guillaume Yvain, Richart Lebourgeois, Jehan Auber, Philippin de la Fontaine et Jehan Lelièvre, bourgeois de la ville, auxquels ils ont donné plein pouvoir, puissance et autorité de prendre garde au lait de la communité etc... Ils auront à rendre compte chaque année, devant le capitaine de la ville ou son commis, et un nombre convenable d'habitants, « de ce qu'ils auront cuilly et receu. »
(Copie d'après l'ouvrage intitulé : Le vieux Cherbourg, par l'abbé Le Roy, 2e partie p. 6.)

 

Sources :
L'inventaire sommaire des Archives Départementales antérieures à
1790, rédigé par M. DUBOSC, archiviste, Manche, Archives ecclésiastiques – série H, 1ère livraison, 1er volume, University of Chicago Libraries.
Disponible par Google Books :
https://books.google.fr/books?id=eeVEAQAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=snippet&q=raoult&f=false

Histoire de la ville de Cherbourg, de Voisin-la-Hougue, continuée depuis 1728 jusqu'à 1835, par Vermusor, librairie BOULANGER, Cherbourg, 1835.
Disponible par Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65219360

Mémoires de la Société Nationale Académique de Cherbourg, vol. XXIII, imprimerie BARRAROUX, Saint-Lô, 1942.
Disponible par Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6561152f.r=.langFR.textePage

Cherbourg au fil du temps, Maurice LECOEUR, éd. ISOETE, Cherbourg, 2001.

 

 

Blason jmr azur et argent 2